Une belle aventure collective et glaciaire dans les Ortles en ski-alpinisme
📋 Ceci est un compte-rendu de la sortie « Un séjour de ski-alpinisme dans le massif de l'Ortles »
L’Ortles-Cevedale et ses vastes étendues glaciaires.
C'est un projet né d’un témoignage déniché dans un magazine, lors d’une soirée d’automne. De belles photos, un territoire peu aménagé, préservé par un parc National. Un lieu marqué par l’histoire, au cœur de l’Europe, au cœur des Alpes.
Un projet né d’une envie d’aventure collective, de s’émerveiller à nouveau, de prendre le temps et d’apprécier la beauté du monde.
Un voyage quoi. Mais un voyage qui s’est efforcé, à son échelle, de répondre aux enjeux de notre époque. Accessibilité financière, considération écologique, mixité générationnelle…
Un projet construit autour de la volonté de « faire ensemble », de mutualiser nos compétences, d’apprendre collectivement, enrichis par nos expériences, pour construire les souvenirs que nous partagerons lors des prochaines soirées d’automne.

Onze téméraires aventuriers et aventurières sont partis de Chambéry le 5 avril pour rejoindre la lointaine vallée de Santa Caterina di Valfurva, en Lombardie.
Dès le début de cette « expédition », nous formons un groupe animé par un même objectif : explorer ce massif inconnu, réaliser de belles ascensions, s’entraider, préparer collectivement. Pour réduire l’engagement collectif, nous avons choisi un format « en étoile » autour de deux refuges au centre de deux larges vallons.
Le premier est le refuge Pizzini, 2700m.
Nous trouvons la neige dès le départ du parking de Forni, 2100m. C’est une chance, puisque l’hiver a été très sec dans cette partie des Alpes : les glaciers sont parfois bleus, comme en juillet.
Un soleil généreux est avec nous et il nous accompagnera presque tout le séjour.

Le temps de décharger quelques affaires au refuge et nous partons explorer ce magnifique vallon ouvert sur les deux grands sommets du secteur : le Grand Zebru (3851m) et le mont Cevedale (3779m). Un paysage grandiose qui nous accompagne pendant notre première course d’acclimatation vers la Cima Zebru (3100m).

La préparation en commun de la journée du lendemain se fait, comme chaque soir, au refuge, autour d’une CSV.
Il en émerge le projet pour le deuxième jour : ce sera le mont Cevedale. Une grande course, glaciaire, qui nécessite de réviser les techniques de sécurité et d’encordement. Nous pensons notre progression sur le principe de la surveillance mutuelle : nous formons un groupe réparti en 4 cordées, dont une autonome et trois encadrées.
C’est avec cet état d’esprit que notre groupe d’athlètes atteint, d’abord, le sommet du Cevedale II, puis rejoint le sommet principal par une traversée d’arête en neige qui s’effectue en crampons. Le Cevedale culmine à 3779m d’altitude et offre depuis son point culminant, une vue inhabituelle pour nous-autres des Alpes occidentales. On y devine en effet très bien la Bernina à l’Ouest, ainsi que les Dolomites à l’Est.

La négociation de la descente sur une neige très dure d’abord, en raison du faible enneigement, puis très transformée ensuite, du fait de la chaleur de cette semaine « printanière », nous rappelle l’impératif de « garder de la marge » dans cet environnement de haute montagne où la chute peut être sérieuse.
Une première grande course très réussie, qui a le mérite de confirmer le thème du séjour !
L’une des difficultés rencontrées, dès la phase de préparation, concerne la cartographie. Les cartes papier « locales » sont moins précises que les cartes IGN (équidistance des courbes à 25m), et seul le fond de carte Open Topo couvre ce secteur sur les applications carto.
Cette dimension « carto » a été au cœur de notre CSV suivante qui devait nous permettre de relier le second refuge. Une CSV utile pour repérer les biais collectifs qui se sont manifestés. Le moral gonflé par le succès de la course précédente, les projets se sont orientés dans un premier temps vers le sommet du Mont Pasquale, voisin du Cevedale, dont les topos dénichés dans la bibliothèque de notre camp de base indiquent qu’il est possible de rejoindre le deuxième refuge par un col situé directement à son aval.
Une ambition qui s’est heurtée à la réalité des conditions du terrain : la neige manque et la chaleur nous invite à la prudence. Les faces sud sont déjà bien dégarnies, et les hauts sommets sont gelés et soufflés. Nos cartes sont bien imprécises pour dessiner avec clarté l’itinéraire entre le col du mont Pasquale et son sommet. Beaucoup de discussions, des craintes qui se manifestent, beaucoup de « si », qui nous invitent à revoir notre projet.

Nous rejoindrons donc directement le deuxième refuge par la vallée abandonnons le mont Pasquale. Après tout, nous sommes là pour être ensemble : nous irons sur une autre montagne.
Nous projetons tout de même une exploration en direction des pentes du Grand Zebru pour profiter des pentes Sud transformées en fin de matinée, avant de récupérer les affaires et de nous laisser glisser vers le refuge Branca.
Le refuge Branca, notre second camp de base, s’ouvre vers un paysage grandiose dominé par 4 hauts sommets glaciaires. Un point de vue idéal, depuis sa terrasse, pour dessiner les projets des trois prochains jours.

C’est cette longue arête de neige posée au-dessus d’un large sérac qui a retenu l’attention du groupe. L’itinéraire depuis le refuge semble évident, en remontant une longue rampe jusqu’à la pointe San Matteo et ses 3650m.
La mutualisation des compétences a été indispensable pour préparer du mieux possible cette longue course glaciaire qui présente quelques dangers objectifs.
Une traversée exposée à des séracs dans un premier temps, qui nécessite de projeter les temps de pause et les lieux de prise de décision. Une pente de neige raide ensuite, inclinée à 45° sur son final, pour accéder à un plateau crevassé enfin qui nous permet de rejoindre le sommet principal.

Une course majeure réalisée sans encombre pour tous les membres du groupe. Une descente grandiose dans un vaste paysage glaciaire et dans de la neige « poudreuse » en versant nord encore froid… alors qu’on nous annonce déjà un « dôme de chaleur » en France. Que demander de plus ?
Du débriefing de cette course complète naît un apprentissage : la communication régulière entre chaque cordée du groupe est l’une des clés d’une course fluide et efficace. Nous le gardons en tête pour la prochaine.


Vendredi 10 avril : jour de temps maussade. Idéal pour récupérer de la course de la veille. Météo idéale également pour aller explorer les environs hors terrain glaciaire. Nous irons visiter la longue ligne de crête qui relie le refuge Branca au mont Pasquale, histoire d’aller voir cette fameuse rampe de neige Sud que nous avions renoncé à descendre l’avant-veille.

L’occasion également d’imaginer une belle traversée d’arête en crampons et d’aller chercher une vue panoramique depuis des sommets non nommés à la sortie d’un couloir de neige. De quoi aussi skier de belles pentes Est tout juste transformées avant que le ciel ne se bouche complètement pour la journée.
L’ultime journée retrouve son habituel soleil. Un troisième grand sommet est alors projeté par notre groupe.
Nous irons, pour la dernière, en direction du Pizzo Tresero, 3590m. L’occasion, une nouvelle fois, d’entrer en immersion dans ce grand massif glaciaire aux possibilités infinies.

Une remontée de couloir, un plateau glaciaire, une pente plus raide, un final en arête de neige, comme souvent ici, et nous voici toutes et tous au sommet.

Le projet « Ortles 2026 » représentait un véritable challenge qui avait pour ambition de mêler réalisation, exploration et construction collective.
Un challenge qui a été, sans nul doute, réussi.
Ce projet collectif a réuni plusieurs personnalités aux objectifs pouvant être différents [et aux caractères bien définis] mais qui ont su co-construire des sorties partagées dans la bonne humeur.
Nous l’avons ressenti lors de la dernière descente avant de retrouver le parking de Forni, lorsque le ski d’Augustin se casse net, à 3400m d’altitude et en plein glacier. Mutualisation du matériel de réparation, soutien moral, accompagnement d’Augustin qui, fort heureusement, est un excellent skieur, même sur un seul ski. Un « incident » qui n’a été que matériel, reflet de notre forte cohésion d’équipe après une semaine de raid ensemble.

Alors, merci à chacun et chacune des participant.e.s de cette belle aventure qui en appelle d’autres :
Elodie
Nadine
Arnaud
Augustin
Cyrille
Guillaume
Pierre
Tristan
Sylvain
Emmanuel
Nicodème
Et belle fin de saison à toutes et à tous !

MAKING OF (= tout ce à quoi vous avez échappé dans ce compte-rendu officiel 😉)
· le surnom de l’équipe : « la Team Poulet », et ses sous-groupes qui ont parfaitement cohabité dans le poulailler ;
- la « Team No Limit » dont les performances sportives n’égalent pas le haut niveau de leurs contrepèteries et de leur conso de bière et de spritz ;
- les ronfleur.euse.s confiné.e.s dans un dortoir ;
- les révolutionnaires ;
- la team tisane ;
- le confort et l’accueil dans les refuges italiens avec douche, omelettes-polenta-speck le midi et grand choix de bières blanches blondes, rousses, spritz, génépi pour accompagner les impitoyables parties d’échecs, de Morpyam et de Skull king (ou Rummikub pour la team tisane qui prépare activement son admission à l’Ehpad) ;
- les groupes de toutes nationalités (polonais, tchèques, espagnols, etc.) mais surtout une dizaine de quinquas cliforniens en mode « Folie Douce » qui nous ont suivis dans les 2 refuges : déguisés en vêtements vintage et grosses chaines en or (sponso Trump ?), avec une descente de bière de vin et de génépi qui a fait exploser le tiroir-caisse des refuges et nos oreilles (éclats de rire mesurés à +80dB) ;
- la casse de matos : aller-retour à Bormio pour racheter des chaussures et réparer un bâton, et une séance de bricolage en mode Mac Gyver pour réparer une autre chaussure déglinguée. Et bien sûr une paire de skis hors service le dernier jour ;
- les chutes mémorables dans la neige hyper molle de printemps : enchainement saut de bosse-arrêt net-roulade parfaite sur le casque, pelletage pour sortir une personne enfoncée dans la neige … Heureusement sans bobo !

Photos : tout le monde !




