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L'HISTOIRE DE SARAH ET LES CORDEES AUTONOMES EN ALPINISME ...

Alpinisme / cascade
Rédigé par PaulG-b4c le 30/09/2026
Modifié par FrancoisT-763 le 30/09/2026
Publié par FrancoisT-763 le 30/09/2026
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Les cordées autonomes, ou comment enseigner et vivre l’autonomie en alpinisme ?

La question des cordées autonomes occupe une place importante dans l’enseignement de l’alpinisme, en particulier dans l initiative Alpi F au CAF de Chambéry. Elle touche à l’acquisition de compétences techniques,  à la sécurité et renvoie à quelque chose de plus profond : l’apprentissage progressif de la responsabilité, pour soi-même et envers les autres.

J’aimerais partager une métaphore issue de la vie familiale. Simple en apparence, elle éclaire la manière dont l’autonomie se construit, se transmet et se vit au quotidien. Et ce qu’elle provoque émotionnellement.

Lacher la main ?
Imaginons une maman et sa fille Sarah, âgée de cinq ans, qui se promènent tranquillement sur les trottoirs de la ville. Au début, la maman lui tient la main. Puis Sarah grandit et gagne peu à peu en autonomie. Un jour, une question se pose naturellement : 

quand pourra-t-elle marcher seule, à côté de sa mère, comme les grands ?
Que doit-elle apprendre et comprendre pour y parvenir ? 
Comment sa mère pourra-t-elle acquérir la confiance nécessaire pour lui lâcher la main ? 
Et comment vivront-elles ensemble cette étape importante ?

Quelques années plus tard, une nouvelle étape se présente. L'école se trouve désormais dans le quartier voisin. Les parents l'accompagnent d'abord, puis réfléchissent au moment où elle pourra effectuer seule le trajet. C’est ce qu’elle apprend à faire et fait quotidiennement.
Plus tard, Sarah accompagne son petit frère Pierre. La question n'est alors plus seulement celle de son autonomie personnelle, mais aussi de sa capacité à prendre soin d'un autre. Les responsabilités évoluent progressivement, au rythme de son développement. Et elle aussi devra un jour lâcher la main d’Arthur.

Un monde d'émotions…
Il est facile d'imaginer les émotions qui traversent Sarah et ses parents à chacune de ces étapes : l'impatience, l'enthousiasme, l'inquiétude, la peur parfois, mais aussi la fierté, la confiance en soi et la confiance accordée par les autres.

En écrivant ces lignes, je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec mes premiers pas en montagne. N'avons-nous pas tous vécu ces mêmes émotions lors de nos premières courses, puis lorsque nous avons pris la tête d'une cordée ? 

Et aujourd'hui encore, lorsque nous accompagnons d'autres pratiquants vers davantage d'autonomie, ces émotions ne continuent-elles pas à nous accompagner ?
En ski ou en alpinisme.

Les pédagogues, dans le sillage de Guy Brousseau, parlent de dévolution pour désigner le moment où l'enseignant transfère progressivement à l'apprenant la responsabilité d'agir, de décider et de résoudre les problèmes par lui-même. En alpinisme, à chaque étape de l'autonomie, le leader, le guide, l'initiateur doit accepter de « lâcher un peu la main », tout en créant les conditions permettant à l'apprenant de réussir et d'apprendre de ses choix. L'autonomie ne se décrète pas. Elle se vit par étapes. Elle se construit à travers une succession de situations où chacun est invité à assumer une part croissante de responsabilité. Comme Sarah sur le chemin de l'école, l'alpiniste devient autonome lorsqu'il n'a plus besoin qu'on lui tienne la main. Quand sa cordée c’est affranchit de l’encadrant. Il devient leader le jour où il se sent responsable de son compagnon de cordée, et encore plus quand celui-ci passe en tête de cordée. La notion de cordée réversible complète alors celle de cordée autonome.

Lâcher la main tout en gardant le lien.
La notion de cordée réversible en « autonomie surveillée ».
La conquête de l'autonomie ne résulte pas d'une rupture soudaine avec l'encadrement. Elle s'inscrit dans une progression dans laquelle les responsabilités sont transférées pas à pas vers les pratiquants. Les situations d’apprentissage, les ascensions réalisées ensemble doivent favoriser le développement des compétences, tout en maintenant un cadre de sécurité acceptable. Cette question est particulièrement réelle en alpinisme, où les conséquences d’une erreur peuvent être fatales.
La notion de dévolution et de cordée réversible en autonomie surveillée traduit précisément cette tension entre liberté d'action et sécurité.
Comme les parents qui regardent leur enfant partir seul vers l'école, les encadrants en alpinisme doivent apprendre à faire confiance. C'est dans cet espace, entre présence et retrait, que prend forme la notion de cordée réversible en autonomie surveillée. 
A bientôt pour la suite de cet article :
Comment permettent à une cordée d'exercer une autonomie réelle tout en conservant un niveau de sécurité acceptable ?
Quel challenge…!
Mais qu'en pensez-vous, quand cet hiver vous allez encadrer une sortie en ski de randonnée, ou quand vous y participer ?

Paulo Grobel
pour le groupe Alpi F